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Vous avez dit Intelligence Economique ?




« Demain ne sera pas comme hier : il sera nouveau et dépendra de nous. Il est moins à découvrir qu’à inventer. »    Gaston BERGER

La volonté de sensibiliser les PMI à la maîtrise de l’information stratégique s’inscrit dans un mouvement national et international de promotion de l’intelligence économique. Cette prise de conscience au niveau national a orienté l’Etat et la plupart de ses partenaires, et notamment le réseau des CCI, vers des opérations régionales de sensibilisation, de promotion des outils et des méthodes de l’intelligence économique.

Inspirées des méthodes du renseignement et largement développées pendant la période de la guerre froide, ces méthodes ont été transférées vers le monde de l’entreprise dans un contexte de guerre économique de plus en plus prononcée.

Les grands groupes internationaux, les multinationales ont été les premiers à utiliser ces méthodes, notamment dans les secteurs de l’industrie touchant aux domaines sensibles liés aux commandes de l’Etat (l’industrie de l’armement, l’énergie, le spatial).

Progressivement, des domaines comme les biotechnologies, l’informatique, les télécommunications, l’industrie des matériels de transports, où les enjeux de domination technologique restent importants, les ont adoptées.

Aujourd’hui, les PME-PMI sont de plus en plus concernées par ce phénomène. Généralement plus innovantes, plus réactives et créatrices d’emplois nouveaux, elles sont aussi plus vulnérables et moins armées pour se défendre dans ce contexte de mondialisation de l’économie.

Les PME-PMI ont et auront donc à gérer de nouvelles données dans le prochain siècle dont elles pouvaient jusqu’ici s’affranchir : protection des barrières douanières (d’ou difficultés relatives d’intrusion sur leur territoire ou leur zone de chalandise, concurrence de plus en plus âpre à l’export), réglementations et monopoles d’Etat (rendant l’environnement normatif et réglementaire relativement stable mais de plus en plus complexe et encadré), niveau de développement des technologies pouvant être une réponse à la hausse des coûts salariaux vis à vis de pays émergeants à bas salaires.

Diverses études menées en région démontrent que la majorité des PME-PMI subissent plus qu’elles n’anticipent les problèmes consécutifs à cette mutation de l’environnement économique mondial, ce changement de donne, qui de plus s’accélère.

En effet, la typologie communément admise des PME-PMI françaises en la matière montre que 7% des entreprises se considèrent comme offensives (« Nous avons mis en place une cellule de surveillance systématique »), 39% comme actives (« Nous nous renseignons systématiquement et régulièrement sans avoir de cellule »), 19% comme réactives (« Nous nous documentons dès qu’un problème survient ») et 35% comme passives ou dormeuses (« Nous faisons juste ce qui est nécessaire, l’essentiel étant la bonne marche de l’entreprise »).

Il convient de noter que les chiffres ci-dessus indiquent la perception que les entreprises ont d’elles-mêmes, ce qui permet légitimement de penser que la réalité est encore plus alarmante.

Précurseur dans le domaine, le préfet Rémy PAUTRAT(1), après une première expérimentation en Normandie, a mis en place dans le Nord Pas de Calais les premières bases d’actions résolument tournées vers les PME-PMI, visant , notamment à travers le projet VIGILANCE, à les convaincre de l’absolue nécessité de remettre en cause leur vision du contexte économique dans lesquelles elles évoluent…

Comme l’expose Robert SALMON(2), les pièges qui menacent de paralysie ou pour le moins d’engourdissement des entreprises modernes sont redoutables. Ils s’appellent :
- la surinformation qui noie dans un bruit de fond l’essentiel et qui est le symptôme d’une fuite devant la décision responsable ;
- la spécialisation qui enferme les esprits et cloisonne les activités, ce qui empêche tout dialogue et vision d’ensemble ;
- la montée de l’incertitude et de l’instabilité dans l’environnement décisionnel, évolution qui effraie les dirigeants et, irrésistiblement, les encouragent à la gestion de l’acquis plutôt qu’au risque fructueux de l’innovation.

Dans un contexte concurrentiel de plus en plus tendu dans tous les secteurs économiques, la veille est un enjeu essentiel pour les entreprises et en particulier les PME-PMI, qui doivent maîtriser la collecte et le traitement de l’information, afin de mieux connaître et appréhender leur environnement technologique, concurrentiel, réglementaire. Or aujourd’hui, un certain nombre de petites entreprises n’ont pas encore pris pleinement conscience de l’importance et de l’urgence d’utiliser toutes les possibilités des technologies de l’information et de la communication et des outils de l’intelligence économique à leur service.

La règle d’or de l’intelligence économique est donnée par Michael E. PORTER(3) à travers cette phrase : « Donner la bonne information, à la bonne personne, au bon moment, pour prendre la bonne décision ». En France, nous ajouterons ce mot de Napoléon qui résume bien la philosophie des veilleurs : « Se faire battre est excusable, se faire surprendre, impardonnable ».

Dans la droite ligne de l’aide aux entreprises en difficultés, la CCIAH ne peut donc ignorer l’impérieuse nécessité de faire prendre conscience à ses ressortissants des enjeux de l’intelligence économique comme couteau suisse de l’évolution en milieu hostile et levier de développements nouveaux.



(1) ancien préfet de région , actuel président du conseil de surveillance de l’Adit (Agence pour la Diffusion de l’Information Technologique).
(2) ancien vice-président de l’Oréal, en charge de la direction générale de la prospective.
(3) professeur à Harvard Business School.